Aujourd'hui,Touriste laisse la parole à un aventurier et ce tous les mardis pour une période indéfinie.
Il
était pour moi important de donner l'opportunité à certains de
s'exprimer sur mon blog et de laisser ainsi mon trafic à disposition de
ceux qui ont des choses à dire.
Si d'ailleurs vous voulez publier via mon blog, je vous laisse me contacter à l'adresse suivante :
Flashpacker c'est l'histoire
d'un type, Sinbad, qui n'a rien à perdre et qui décide du jour au
lendemain de partir voir ailleurs. Vous découvrirez au fil des chapitres
ses aventures, ses motivations, ses provocations et des coups de
gueules.
Bref... Flashpacker... C'est toute une histoire...
«
FLASHPACKER
Chapitre IV - Les enfants perdus
Deuxième jour, le temps est toujours catastrophique et les éclaircies sont rares.
Discutant avec des Brésiliens
lors du petit déjeuner, j'apprends que les Argentins et le soleil sont à
Mar del plata pour les vacances. Aussitôt entendu, aussitôt parti. Je
quitte l'auberge en direction de la gare.

Prochain départ dans 3 heures,
je sors de la gare et tente de trouver un endroit où passer le temps.
Les environs sont pauvres et pas franchement accueillants. La présence
des forces de police accompagnées de leur mitraillette me rassure et
m'épouvante à la fois. Les trottoirs sont sales, la population
également. Avec tous mes bagages, j'ai l'air d'un oignon prêt à passer à
la casserole. Les regards en ma faveur n'envisagent rien de bon. Je
rentre dans le restaurant qui me paraît le plus accommodant et proche de
la gare.

A ma rentrée, les regards sont
tantôt dédaigneux, tantôt convoiteurs. Des enfants rentrent de temps en
temps pour mendier ou vendre des objets, comme ce petit gros me
proposant des chaussettes a 5 Pesos. Personne ne donne rien, personne
n'achète rien. Certains refusent sèchement, d'autres ne daignent même
pas les regarder. Je commande à manger et à boire. 40 minutes plus tard,
mon plat arrive. Il ne faut pas être presse en Amérique Latine. Dans
beaucoup de lieux, le service est déplorable et le temps d'attente est
extrêmement long. Vous avez beau râlé, tout le monde s'en moque. Prenez
votre mal en patience…
Il y a beaucoup trop de viandes
et de frites, je ne pourrai jamais finir mon plat, on me lance déjà des
regards accusateurs de petit riche occidental qui gâche la nourriture.
Qu'importe, je reste calme, serein et continue de flirter avec la
serveuse. Ca lui plait, moi aussi.
10 minutes plus tard, trois
enfants entrent. Deux filles et un garçon. Celle qui travaille a dix ans
tout au plus, magnifique petite fille avec un regard triste. Elle vend
des chewing-gums.
Elle arrive près de moi et me propose son produit. J'engage la conversation :
« - Comment vas-tu ?
- Bien, d'une voix timide et surprise.
- Tu n'as pas école aujourd’hui ?
- C'est le matin, son regard s'ouvre peu a peu.
- Où est ta mère? Elle sait que tu travailles ?
- Oui. »
Les gens autour de nous, commencent à s'intéresser à l'objet de la discussion.
« - Tu as faim ? »
Elle hésite.
« - Tu as faim ?
- Oui
- Appelle tes amis et installe toi, il y a assez de nourriture sur la table pour tout le monde. »
Elle me regarde avec de grands yeux.
« - Allez, préviens-les ! »
Elle court les chercher.
Ils arrivent, vite, de moins en
moins vite et hésitant sur les derniers mètres. Je pousse la chaise qui
est en face de moi du pied et les invite à s'installer d'un geste de la
main. Ils s’exécutent. Je sens de plus en plus de regards tournés vers
nous. Je tourne les yeux discrètement et rapidement vers l'assemblée. En
effet, le temps s'était arrêté autour de nous. Ils suivaient le
déroulement de l'action directement ou du coin de l'oeil. Les plus
proches de notre table avaient déjà compris et les regards en ma faveur
commençaient à changer, ils s'attendrissaient.
J'appelais la serveuse.
« - Que voulez vous boire ? Trois cocas ? »
J’acquiesce de la tête et ajoute :
« - Trois cocas et trois mêmes assiettes avec beaucoup plus de frites. »
Les 3 anges me sourient, leurs
yeux s'illuminent, ils commençaient de nouveau a s'amuser entre eux et
étaient, à mes yeux, redevenus enfants. En plus, j’étais récompensé.
L'assemblée qui était
injustement négative a mon égard lors de mon arrivée était comblée et
lorsque je tournais la tête au hasard dans la salle, je reçu plusieurs
sourires approbateurs. Une femme avait même l'air de dire à son mari «
Tu as vu ? ».
Je souris… de fierté je l'avoue.
Certains
hommes de la salle me portaient toujours un regard dédaigneux mais je
ne me sentais plus concerné. Il avait l'air de le remarquer.
Ceux qui avaient des regards convoiteurs ignoraient la scène et discutaient entre eux.
Je
sors de mes pensées et me retrouve face aux enfants dégustant leurs
viandes. Je demande l'addition, je paye, les salue et sorti sans rien
dire. J'étais déjà parti, direction Mar del plata.